Brides of Khaine (BG Lysen/Amareth sur Warhammer)

Pleasure_Cults Lysen et Amareth, épouses de Khaine

-Ma sœur… je l’ai toujours trouvée inutile.

Les résonances d’un rire tortueux grimpèrent sur les murs pierreux d’une petite maison. Des murailles suintantes, un couloir poussiéreux et des toiles d’araignées vacillantes sous un faisceau blanc de bougies noires. Petite bâtisse sinistre de deux étages… le triomphe de l’architecture clapier Elfique donnant l’impression de pénétrer dans un mouroir, au cœur d’une sombre forêt aux reflets ocres. Lieu dit abandonné tant ses fortifications morbides se confondaient avec la pénombre et l’humidité que provoquaient les lourdes branches des conifères planant au dessus des chemins à peine sillonnés. Quoi de plus sinistre que ses massifs rouge et or sortis tout droit d’un cimetière ?

La même voix retenti soudain dans ce décor de catacombes.

-Cependant, nous sommes étroitement liées l’une à l’autre.

Un calice.

Les bras solidement cloués par les poignets au dessus de son crâne dégarni mourant sur un front mouillé de sueur, les yeux de l’homme étaient à l’affût du moindre de leurs gestes. Son sang se striait sur la longueur de ses bras, pour finir en coupe dans un récipient. Pratique morbide et satanique pour récupérer l’essence de sa vie au compte goutte.

Une épouvantable odeur de mort lui récurait la gorge depuis un long moment. Depuis que leurs lèvres empoisonnées s’étaient posées sur les siennes, là où son corps se faisait happer tour à tour entre leurs cuisses. Leur plaisir matérialisé en degré extrême était l’une des plus remarquables déviations de leur appétit vénérien. Ces Elfes méprisantes et brutales étaient devenues ses maîtresses, ses déesses, ses succubes… jusqu’à ce qu’il rompt avec la réalité.

Et maintenant il avait peur… une peur qui n’avait pas de nom. Au-delà de toute autre frayeur. Il ne se demandait même plus comment il en était arrivé là. La lueur des bougies était la seule lumière qu’il connaissait depuis plusieurs jours maintenant, qu’il en avait même oublié la couleur et la douceur du soleil.

La Sorcière rivait ses yeux sur lui, une main jouant avec une mèche de l’imposante chevelure de sa sœur, assise à côté d’elle.

Sa vision se troubla un instant. Un léger chatouillement parcouru le long de son torse, soulevé par une respiration en manque d’oxygène.

Un cafard.

Il leva machinalement son regard. Une marée velue courut sur les murs, flaque vivante qui ruisselle dans toutes les directions. Il y en avait tellement que des ombres semblaient se mouvoir, dansante au prix de leur rituel de persécution.

La Sorcière imposa sa voix d’un ton évidé.

-L’odeur de ton sang les attire. Ils vont ronger tes mollets jusqu’à l’os…

Son dernier mot mourut dans un rire profond, puis elle se releva farouchement pour s’approcher de lui, contournant sa sœur une bougie à la main. Sa peur s’était échappée comme la vie s’écoulait de ses poignets, ne cherchant plus la force de la fuir. C’était définitivement trop tard. Il cru lire un rictus sur les traits de son visage tandis qu’elle s’agenouillait doucement et approcha ses lèvres au creux de son oreille.

-Ils mangent de tout.

Après un sinistre baiser sur la joue elle recula, passant son index sur le buste de l’homme afin d’y recueillir l’insecte. Interminable geste langoureux de provocation, elle ne manqua pas d’insérer son ongle dans la chair déjà bien trop meurtrie. Il grimaça.

Elle reporta son attention sur la bestiole qu’elle maintenait délicatement au bout du doigt.

-Regarde… Son appareil buccal est acéré. Il est capable de broyer n’importe quelle matière, et il digère tout… Tu l’ignores, mais un monde parallèle est collé au notre, c’est le leur.

Elle jeta un regard en coin sur l’attitude effacée de son prisonnier, la tête lasse, les yeux presque abandonnés de toute vie. Elle sourit, refusant de laisser passer une simple réaction de sa part.

-Je sens chez toi la résignation et la peur… les cafards commencent à t’obséder, n’est-ce pas ? Tu vas finir par en voir partout. Une petite tâche sur le mur, tu tressailles. Une nuit, tu rêves que tu es enterré vivant et que les cafards envahissent ton cercueil comme un filet d’eau remplit une baignoire. Mais… je ne te laisserai pas l’occasion de rêver une nuit de plus, ne t’en fais pas.

L’homme déglutit, la gorge asséchée par un nuage blanc et limpide qui se déployait en volute de quelques éprouvettes pleines de poudres et cristaux de différentes couleurs, alignées en série sur un casier métallique protégé par un châle mangé aux mites. Les redoutables relents chimiques fustigeaient tellement qu’il avait l’impression de les boire en tisane. Il dodelina de la tête, respirant avec de plus en plus de difficulté, tandis que la Sorcière Elfe continuait sa diatribe.

-Ils sont indestructibles. La fascination pour eux dissipe toutes les angoisses. Je prends les cafards en affection, leur incroyable ténacité m’émeut, leur prodigieuse histoire m’impressionne. Quelle sombre beauté, tu ne trouves pas ?

Le râle soutenu de sa proie ne l’interrompit aucunement dans sa contemplation emphatique pour ces répugnantes bestioles.

-Ils vivent sur terre depuis des centaines de millions d’années, depuis les forêts de prêles et les fougères géantes du Carbonifère. Ils mènent une vie simple, partagée entre les orgies près de la chaleur des chaudrons et les razzias nocturnes, ponctua-t-elle d’un rire insidieux.

-Comparé à celui du cafard, l’essor de l’homme paraît impétueux et inventif. Mais l’homme ne possède pas cette faculté de mutation et de résistance expérimentée depuis des temps incommensurables. En regard, l’homme est un infirme et un besogneux.

Elle lui releva le menton avec dégout et jugement, scindant les poignards de son regard dans celui, bien moins offensif de son interlocuteur.

-Avec l’homme, les cafards ont trouvé leur parasite, cracha-t-elle. Ils sont crucifiés et étiquetés dans des boites étanches rangés soigneusement sur des rayonnages. Mais moi, Lysen, je fais de même avec les individus de ton espèce…

Elle laissa les pans de sa robe s’ouvrir sur ses cuisses fuselées et joua des mollets lorsqu’un matelas vivant de cafards longs comme des cigarettes ondulèrent de dessous ses vêtements.

Elle les caressa pour les faire bouger.

-Ils sont parfait. A côté d’eux, tu es un minable.

Les insectes avaient maintenant envahi l’édifice jusqu’à son sommet, grouillant à nouveau de partout, galopant et tombant comme de la pluie autour de lui.

-Ainsi, ils te rapprochent de la mort.

Un sourire effaça la présence de la Sorcière, qui se fondit dans la pénombre de l’arrière salle, probablement spectatrice inassouvie du cadeau sanglant qu’allaient lui offrir ses compagnons à six pattes.
Brusquement isolé au milieu d’un océan de cafards, prisonnier d’une moquette grouillante qui lui grimpait le long des jambes. Une frayeur incommensurable s’empara de lui. Il essaya de piétiner comme il pouvait les insectes qui l’encerclaient.

Une réaction hystérique, incontrôlée… les bestioles vinrent lui hanter la bouche. C’était sa descente aux Enfers. Il l’avait bientôt atteint, et il en était presque heureux.

Au tréfonds de l’ombre, les deux sœurs le regardaient en finir avec son agonie. La danse macabre de Khaine envahissait leurs sens, transformant leurs chants d’offrandes en rires funèbres. Le sang sacrificielle humain les répugnait et les régalait en même temps.
L’une d’elle s’approcha lentement du cadavre, marmonnant en langue Elfique avant de s’équiper de sa dague enduite de poison nauséabond et de s’agenouiller devant les restes du festin. D’un geste vif elle termina de lui trancher la tête tandis que sa sœur la rejoignait déjà, s’emparant du Calice qu’elle porta à sa bouche. Elle fit tournoyer le liquide presque devenu froid avant de le partager avec sa convive.

Un dernier baiser sur les lèvres glaciales du défunt mit fin à leur rituel mortuaire. C’était le prix à payer, pour avoir osé convoiter une Maibd.

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